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Communication présentée à la conférence
sur les dangers de la justice anti-terroriste sur le droit et les
libertés individuelles, cas de Taysir Alony,
L’ONU a choisi des experts de différents
pays pour définir la notion de sécurité.
La conclusion la plus importante de ce
groupe de travail est qu’une définition restrictive de ce concept est
l’une des raisons principales des crises que nous vivons à notre
époque ; d’où la nécessité d’une nouvelle définition qui pourrait
s’intituler « sécurité humaine » et qui nous ferait sortir des tristes
dualités de notre époque : « Le camp du bien et le camp du mal », « l’arme
du pouvoir et le pouvoir des armes », « la nécessité et la loi ».
La globalisation de l’état d’urgence
après le 11 septembre 2001 a reconduit la célèbre règle latine necessitas
legem non habet « nécessité n’a point de loi »; en conséquence de quoi
l’autoritarisme d’Etat s’érige en règle au détriment de la conception
libérale de l’Etat. (Ainsi que le conçoivent Sharansky, Wolfowitz,
Rumsfeld et Bush junior).
Car la règle de la « nécessité » qu’elle
soit révolutionnaire, nationale, religieuse ou même libérale est à
l’origine des tribunaux de l’inquisition, des camps de déportation nazis,
du Goulag, des Khmers rouges de Deir Yassine , Jenine, Halabja, Nadjef
ou Falloudja.
Nous sommes de ceux qui pensent que le
sursaut civilisationnel vers l’Etat de droit enfanté par l’humanité dans
les spasmes de la douleur depuis plus de 2500 ans ne doit pas être
sacrifié sur l’autel de la volonté des Etats-Unis de bâtir un nouvel
empire à l’ère où les empires sont considérés comme des reliques
antérieures aux principes universels des droits de l’homme.
De là notre opposition au concept de
l’état d’urgence et aux lois d’exception car l’histoire nous a appris
que la solution sécuritaire traditionnelle n’a jamais constituée la
panacée pour résoudre la question de la violence interne ou externe.
Taysir Alouni n’est pas la seule victime
des lois anti-terroristes d’exception, mais constitue sans aucun doute
le symbole de résistance à la pensée sécuritaire dans la gouvernance du
monde par le prix payé à travers un dossier ridicule, dramatique et
inconsistant.
Quoi d’étonnant alors si, comme nous l’a
confié une responsable au département américain de la justice, seulement
8 dossiers relatifs aux déportés de Guantanamo sont légalement
susceptibles d’aboutir à des condamnations judiciaires.
Quoi d’étonnant quand, le jour ou nous
avions, seuls, pris parti pour Samy Al Hadj, nous étions accusés de
cautionner le terrorisme, avant que son innocence n’éclate au grand
jour.
Quoi d’étonnant, lorsque la presse
« anti-terroriste » présente un adolescent traité par l’un de mes
confrères psychiatre à Paris, comme « la tête pensante » du plus grand
réseau de recrutement des jeunes de la deuxième génération comme
volontaires pour l’Irak.
Et naturellement, sous la signature du
journaliste, cette mention omniprésente : « Expert en terrorisme ».
Quoi d’étonnant lorsque l’industrie du
terrorisme est devenue le pilier économique de la guerre psychologique,
culturelle, économique et géopolitique de notre époque.
Le maintien en détention de Taysir Alony
constituera la preuve symbolique que cette guerre ne fait pas de
distinction.
Sa libération au contraire démontrera que
la société civile internationale, les partisans de la légalité, des
droits de l’homme et de la liberté d’expression ont encore les
ressources nécessaires pour mettre un terme aux abus de la justice
anti-terroriste ou du moins d’en atténuer les conséquences tragiques.
La société civile internationale a déjà
réussie à sortir l’agression contre l’Irak du cadre de l’Organisation
des Nations unies.
Si le peuple espagnol a réussi à dégager
le pays du marécage irakien, qu’en sera t-il du gouvernement et du
pouvoir judiciaire actuels : Réussiront-ils à placer la Justice et les
Principes supérieurs au dessus des lois d’exception édictées dans une
conjoncture particulière connue de tous
Tel est l’immense défi que devront
relever aujourd’hui le Gouvernement Zapatero et la Justice espagnole.
Madrid 31/1/2005
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